L’usufruit successif permet de transmettre un patrimoine aux enfants tout en assurant au conjoint survivant la jouissance des biens, dans un cadre civil et fiscal sécurisé.

💡 L'essentiel en 30 secondes
L'usufruit successif (art. 949 du Code civil) prévoit que l'usufruit, au décès du premier usufruitier, est transmis automatiquement à un second bénéficiaire désigné (typiquement le conjoint puis un enfant). Mécanisme idéal pour protéger le conjoint tout en préparant la transmission aux enfants.
Avantage fiscal majeur : au décès du premier usufruitier, le second usufruit n'est pas imposé aux droits de succession (l'usufruit s'éteint puis se réouvre selon le démembrement initial).
Exemple : donation de la nue-propriété aux enfants avec usufruit successif réservé au profit du conjoint survivant. À votre décès, le conjoint conserve la jouissance jusqu'à son propre décès, sans payer de droits sur ce second usufruit. Les enfants récupèrent ensuite la pleine propriété sans fiscalité supplémentaire.
Le démembrement de propriété permet d'anticiper la transmission du patrimoine sans priver le conjoint de sécurité économique. L'usufruit successif constitue, à cet égard, un mécanisme particulièrement efficace pour concilier protection du conjoint survivant et transmission aux enfants.
En droit français, la propriété d'un bien peut être scindée entre deux droits distincts. L'usufruit confère le droit d'utiliser le bien et d'en percevoir les revenus, par exemple en occupant un logement, en le louant ou en encaissant des dividendes. La nue-propriété emporte la titularité juridique du bien, sans droit d'usage immédiat.
L'usufruit successif ne modifie pas la propriété du bien, mais organise l'ordre dans lequel la jouissance sera exercée, selon un schéma déterminé à l'avance.
La réversion d'usufruit consiste, pour un époux, à donner la nue-propriété d'un bien à ses enfants tout en se réservant l'usufruit, et à prévoir que cet usufruit sera transmis au conjoint survivant.
Les enfants deviennent propriétaires du capital dès la donation. La pleine propriété ne se reconstitue qu'au décès du survivant des deux époux, sans qu'aucune nouvelle transmission ne soit juridiquement constatée.
La Cour de cassation considère désormais que la réversion d'usufruit constitue une donation à terme de biens présents. Le droit du conjoint naît dès la signature de l'acte de donation, même si son exercice est différé jusqu'au décès du donateur.
L'article 796-0 quater du Code général des impôts prévoit que les réversions d'usufruit relèvent du régime des droits de mutation par décès. En pratique, lorsque le conjoint récupère l'usufruit au décès, aucun droit n'est dû, dès lors que les époux ou partenaires sont mariés ou pacsés.
| Outil | Mécanisme | Fiscalité au 1er décès | Protection conjoint | Coût notarial |
|---|---|---|---|---|
| Usufruit successif (art. 949 C.civ.) | Transmission auto au 2e bénéficiaire | Aucune | Jusqu'au décès du conjoint | Acte notarié de donation |
| Réversion d'usufruit | Quasi identique mais clause contractuelle | Aucune | Jusqu'au décès | Acte notarié |
| Donation au dernier vivant | Donation entre époux à effet au décès | Aucune (exo entre époux) | Très souple (4 options) | ~150-300 € |
| Quasi-usufruit conventionnel | Usufruit sur somme d'argent | Variable | Jouissance des liquidités | Variable |
(1) Couples avec enfants d'une précédente union — protège le conjoint sans déshériter ; (2) Familles patrimoniales — transmettre la NP aux enfants tout en garantissant la jouissance ; (3) Dirigeants âgés — combine optimisation fiscale et sécurité du conjoint.
Le second usufruit s'ouvre automatiquement sans imposition. L'administration considère qu'il s'agit d'une continuation du démembrement initial (BOI-ENR-DMTG-10-50-30). Le second bénéficiaire ne paie aucun droit. À son décès, la pleine propriété se reconstitue chez les nus-propriétaires également sans droits de succession.
Oui, sous conditions. Le Pacte Dutreil exige le respect de l'engagement de conservation pendant 8 ans (2+6 depuis LFI 2026). L'extinction puis réouverture de l'usufruit ne rompt pas l'engagement si les nus-propriétaires conservent les titres. Prévoir dans l'acte que les décisions stratégiques appartiennent au nu-propriétaire.
Émoluments du notaire (~1,5 à 2 % de la valeur), droits de donation (calculés sur la NP, barème art. 669 CGI). Pour une donation de NP d'un bien de 1 000 000 € par un donateur de 65 ans : environ 120 000 € pour 2 enfants (vs ~300 000 € en succession classique). L'économie justifie l'anticipation.
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