Conseillers fiscaux : vers une responsabilité accrue et un encadrement renforcé

Une responsabilité encadrée par le droit
Le conseiller fiscal, qu'il soit avocat, expert-comptable ou notaire, a l'obligation de fournir des conseils conformes à la réglementation fiscale en vigueur. Sa responsabilité peut être engagée en cas de faute professionnelle, notamment en cas de conseil erroné ou d'omission ayant causé un préjudice à son client.
Cette responsabilité peut prendre plusieurs formes :
- Responsabilité civile : en cas de manquement à son devoir de conseil, il peut être condamné à réparer le préjudice subi par son client.
- Responsabilité pénale : si le conseiller participe activement à un schéma d'évasion ou de fraude fiscale, il peut être poursuivi pour complicité.
- Responsabilité disciplinaire : les ordres professionnels (ordre des experts-comptables, barreau des avocats, chambre des notaires) peuvent sanctionner les pratiques contraires à leur déontologie.
La responsabilisation croissante des conseillers fiscaux
Face à la multiplication des dispositifs d'optimisation fiscale abusive, le législateur a progressivement renforcé la responsabilité des intermédiaires fiscaux. La directive européenne DAC 6, transposée aux articles 1649 AD et suivants du Code général des impôts, impose déjà aux conseillers de déclarer les montages fiscaux potentiellement agressifs. L'article 1729 C du même code instaure une amende pouvant aller jusqu'à 10 000 euros en cas de non-respect de cette obligation.
Les avocats peuvent toutefois bénéficier d'une dispense leur permettant d'opposer à cette obligation le respect du secret professionnel. Les autres professions (notaires, experts-comptables, etc.) restent pleinement soumises à cette exigence déclarative.
L'article 1744 du Code général des impôts : un tournant majeur
La loi de finances pour 2024 a introduit une disposition clé à l'article 1744 du CGI, qui prévoit la possibilité d'engager des poursuites contre des conseillers fiscaux ayant transmis à leurs clients des moyens de commettre une fraude fiscale.
Autrement dit, si un conseiller fiscal a joué un rôle déterminant dans l'élaboration ou la mise en œuvre d'un schéma de fraude, il pourra être condamné à de lourdes sanctions — jusqu'à cinq ans d'emprisonnement et 500 000 euros d'amende. Ce texte marque une avancée majeure dans la lutte contre la fraude fiscale, mais impose désormais aux professionnels une grande précaution.
L'impact de cette disposition est d'autant plus significatif que l'introduction de l'action publique peut se faire sans la procédure spéciale du « verrou de Bercy », laissant à l'autorité judiciaire la possibilité d'engager directement des poursuites.
Conséquences pour les conseillers fiscaux
Ce nouveau cadre impose aux conseillers fiscaux de redoubler de prudence :
- Vigilance accrue sur les montages complexes : un conseiller doit s'assurer que l'opération proposée à son client respecte strictement la loi.
- Documentation rigoureuse : conserver une traçabilité des conseils donnés et des justificatifs attestant de la bonne foi du conseiller en cas de contrôle.
- Déclaration préventive : en cas de doute, le recours à un rescrit fiscal peut sécuriser l'opération. Depuis le 16 janvier 2025, cette procédure est d'ailleurs entièrement dématérialisée.
Conclusion
L'introduction de l'article 1744 du CGI et le renforcement des obligations en matière de transparence marquent un changement de paradigme pour les conseillers fiscaux. À l'avenir, ils ne seront plus de simples intermédiaires, mais de véritables garants de la conformité fiscale. Il leur appartient désormais d'adopter une posture plus rigoureuse, à la fois pour protéger leurs clients et se prémunir d'un risque de responsabilité accru.
Cette évolution s'inscrit dans une logique plus large de lutte contre la fraude fiscale, visant à responsabiliser tous les acteurs impliqués dans la chaîne de conformité. Les conseillers fiscaux doivent ainsi adapter leurs pratiques pour anticiper ces nouvelles exigences et garantir une conformité exemplaire.



