Clause Bénéficiaire en Assurance-Vie : Un levier patrimonial efficace

L’assurance-vie : un mécanisme civil et fiscal dérogatoire
Contrairement aux biens du défunt, le capital d’une assurance-vie échappe, au décès de l’assuré, au régime civil et fiscal applicable aux actifs successoraux.
Avantages civils
Sur le plan civil, l’assurance-vie permet d’attribuer des sommes importantes à des bénéficiaires choisis, sans être soumise aux règles de la réserve héréditaire — à condition que les primes versées ne soient pas jugées « manifestement excessives ».
Avantages fiscaux
Sur le plan fiscal, l’assurance-vie bénéficie d’un régime particulièrement attractif. En cas de décès du souscripteur :
- Primes versées avant 70 ans
- Chaque bénéficiaire bénéficie d’un abattement de 152 500 €. Le capital transmis n’entre pas dans la succession et est soumis à un prélèvement spécifique de 20 % jusqu’à 700 000 €, puis 31,25 % au-delà.
- Primes versées après 70 ans
- Un abattement global de 30 500 € est réparti entre tous les bénéficiaires. Les droits de succession s’appliquent uniquement sur les primes versées après 70 ans, les intérêts étant exonérés.
Ce régime est bien plus favorable que le barème classique des successions, qui peut atteindre 45 % en ligne directe, et jusqu’à 60 % entre non-parents.
Exemple chiffré
Un souscripteur souhaite transmettre 500 000 € à son enfant :
- Sans assurance-vie : après l’abattement de 100 000 €, les 400 000 € restants génèrent environ 78 200 € de droits.
- Avec assurance-vie (primes versées avant 70 ans) : après l’abattement de 152 500 €, les 347 500 € restants sont taxés à 20 %, soit 39 000 €
Économie réalisée : ~39 200 €.
L’importance de la clause bénéficiaire
Pour bénéficier pleinement du régime de faveur, il est indispensable de désigner clairement les bénéficiaires.
En l’absence de bénéficiaire identifiable, le capital est réintégré dans la succession et soumis aux droits classiques.
Modalités de désignation
Le souscripteur peut désigner un bénéficiaire :
- nommément,
- par qualité (« mes enfants », « mon conjoint »),
- ou via une combinaison des deux.
Il peut répartir les quotes-parts entre plusieurs bénéficiaires ou prévoir un ordre de priorité.
Un bénéficiaire de premier rang peut renoncer au profit d’un bénéficiaire de second rang — sans fiscalité supplémentaire.
Clause bénéficiaire à options
Le souscripteur peut prévoir une renonciation partielle.
Pour éviter qu’elle soit fiscalement considérée comme une donation, il faut prévoir une clause bénéficiaire à options, définissant à l’avance les quotités auxquelles chacun peut prétendre.
Sans cette clause, toute renonciation partielle serait traitée comme une donation imposable.
Démembrement de la clause bénéficiaire
La clause peut également être démembrée afin d’attribuer :
- l’usufruit à un bénéficiaire (souvent le conjoint),
- la nue-propriété aux enfants.
Deux mises en œuvre possibles :
- Clause de remploi démembré : le capital est réinvesti dans un actif démembré.
- Quasi-usufruit : l’usufruitier peut utiliser librement les sommes, mais doit restitution aux nus-propriétaires. Une convention de quasi-usufruit peut sécuriser cette créance.
Au décès de l’usufruitier, les nus-propriétaires récupèrent la pleine propriété sans fiscalité.
Conclusion
L’assurance-vie est à la fois un placement et un outil majeur de transmission.
La rédaction de la clause bénéficiaire offre une grande liberté dans la désignation et la répartition des capitaux décès.
Il est donc essentiel d’anticiper et de soigner sa rédaction pour optimiser la transmission tant sur le plan civil que fiscal.



